"Derrière la paie, il y a des situations humaines"


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La Maison de la radio et de la musique, surnommée « la maison ronde » en raison de son architecture, qui surplombe la Seine convoque l’imaginaire de tous ceux qui allument la radio dès leur réveil. Pour faire fonctionner cette énorme machine, il faut des journalistes, des musiciens, des techniciens, du personnel administratif mais aussi un service de paie qui doit jongler entre de multiples statuts. A sa tête depuis trois ans, Jérôme Huet, 44 ans, gère la paie de plus de 4 500 CDI, auxquels il faut ajouter les salariés en CDD et en CDDU [CDD d’usage] notamment. Ce sont donc entre 12 000 et 13 000 bulletins de paie qui sont émis chaque mois et entre 3 000 à 4 000 contrats signés par mois.

Sept radios nationales, 44 locales et quatre orchestres

 « Je paie de 7 à 77 ans », s’amuse le responsable paie. Car Radio France, ce sont aussi des artistes et musiciens de tout âge. Radio France compte en effet quatre formations musicales composées de salariés, dont des enfants qui perçoivent des défraiements : l’Orchestre national de France, l’Orchestre philarmonique de Radio France, le Choeur de Radio France et la Maîtrise de Radio France.! Radio France c’est aussi un réseau de sept radios nationales et 44 radios locales (Ici). 

Payer les gens tous les mois c’est très concret pour moi

Mais comment nait la vocation pour la paie ? Titulaire d’un bac ES et d’un DUT GEARH [gestion des entreprises et des administrations], il poursuit au sein de l’IGS [devenu Igensia] un parcours RH. Il se découvre une appétence pour les chiffres. Un stage de quatre mois sur la période d’été finit de confirmer son envie de se spécialiser dans la paie. « Il y a un côté mécanique que j’aime bien. Payer les gens tous les mois c’est très concret pour moi ». 

Il débute sa carrière au sein de l’Unédic dans le service dédié aux cadres dirigeants (paie et administration du personnel) et suit de très près la fusion entre l’ANPE et l’Assedic pour devenir l’ex Pôle emploi. Il y reste sept ans. Il intègre ensuite l’Opéra de Paris et y reste 10 ans en tant qu’adjoint à la responsable paie, puis responsable paie. « Je rentrais par l’entrée des artistes », s’illumine celui qui gérait quatre structures : l’Opéra Garnier, l’Opéra Bastille, les ateliers Berthier et l’école de danse de Nanterre. Déjà, la gestion de différents statuts le passionnait. « Il fallait faire entrer des ronds dans des carrés ». 

Une multiplicité de statuts et neuf CCN
Cela ne s’arrête jamais au vu de la multiplicité des contrats et de la volumétrie

Comme à l’Opéra, Radio France c’est avant tout une multiplicité de statuts, neuf CCN applicables, des temps de travail différenciés puisque « Radio France fonctionne sept jours sur sept, 24 heures sur 24, 365 jours de l’année. Et des organisations de travail qui n’ont rien à voir entre un journaliste, un trompettiste, un administratif et un technicien ». Ce à quoi il fait ajouter de nombreux salariés qui font leur rentrée en septembre et donc « une volumétrie de contrats plus importante à la rentrée avec des contrats de grille » pour la saisonnalité. Et le service paie suit ce rythme effréné. « Cela ne s’arrête jamais ! ».

Le service paie compte pas moins de 25 salariés. Trois personnes sont dédiées à la « post-paie, » à savoir la DSN « qui nous prend de plus en plus de temps », la paie des honoraires et les avis à tiers détenteur. « Les gestionnaires sont organisés par métier et non par statut : un pôle journaliste, un pôle cadres et musiciens, un pôle cachets, un pôle personnel administratif etc.

Pour que rien ne vienne gripper la machine, il faut que toute la chaîne RH fasse son travail en amont d’autant que « la saisie de la paie est décentralisée et qu’elle est le fait des directions et des chaînes ». Le service est équipé d’un seul logiciel de paie adapté aux multi-contrats. « Nous avons des salariés qui ont plusieurs contrats, voire même deux contrats par jour, un le matin, un le soir, sur deux oeuvres différentes ». Sans compter les 70 taux AT et transport différents.

Last but not least, tout cela est géré avec un seul cycle de paie. Ce qui suppose parfois une posture d’équilibriste. « Derrière la paie il y a des situations humaines » qui importent beaucoup à Jérôme Huet. Pour ces situations complexes, il travaille étroitement avec les assistantes sociales internalisées (deux au siège et quatre en régions). « Nous gérons des populations fragiles comme les intermittents du spectacle ».

Se préparer à intégrer les réformes dans la paie
Au 31 août, nous ne savons pas à quoi va ressembler la paie au 1er janvier 2027

Travailler au sein de Radio France, c’est non seulement être au coeur de l’actualité, mais aussi se préparer à la mettre en oeuvre. Jérôme Huet garde en permanence un oeil sur les réformes annoncées et, notamment, le budget jusqu’au dernier moment. « Au 31 août, nous ne savons pas à quoi va ressembler la paie au 1er janvier 2027 ». Avec parfois plus de peur que de mal. « La réforme du prélèvement à la source fonctionne très bien ». « Récemment, il a fallu intégrer le nouveau congé supplémentaire de naissance ». 

La DSN de substitution est aussi venue chambouler leur travail. « Elle complexifie le travail car si on ne comprend pas l’erreur, on ne peut pas la corriger pour ne pas qu’elle se reproduise ». Mas il travaille de manière très étroite avec les services de l’Urssaf pour une DSN fiabilisée. « Lorsque je fais la paie, un des premiers bulletins que je regarde c’est le mien, pas par égoïsme mais pour m’alerter si je vois quelque chose qui ne va pas ».

« Quoi qu’il se passe on va y arriver »
Travailler dans de telles structures marque de son empreinte le travail au quotidien. « J’ai découvert à l’Opéra et à la Maison de la radio le lever de rideau. Quoi qu’il se passe on va y arriver ».
 
Lorsque j’écoute la matinale, je me dis que j’y suis un peu pour quelque chose

Il faut aussi tenir compte de l’état d’esprit de certains salariés. « Je dis aux gestionnaires de paie d’aller assister à un concert car, sinon, on ne peut pas comprendre ces salariés. Les artistes restent des artistes et un arrêt de travail ça reste compliqué à gérer pour eux. Ce n’est pas une relation de travail normale. Ils travaillent de 20h à 22h et se font applaudir tous les soirs ».

Jérôme Huet savoure la satisfaction du travail bien fait tous les matins. « Lorsque j’écoute la matinale, je me dis que j’y suis un peu pour quelque chose », conclut-il avec le sourire. 

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Florence Mehrez
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Jérôme Huet dirige le service paie de Radio France. Comment s'organise son quotidien au sein d'un service de 25 personnes qui doit gérer autant de statuts et de métiers différents ? Déjà rodé après son passage à l'Opéra de Paris, il avoue aimer "mettre des ronds dans des carrés". Rencontre.
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