L'IA ferait-elle déjà baisser le nombre d'embauches de jeunes en France ?


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Le phénomène observé aux États-Unis d’une baisse des recrutements des jeunes du fait de l’utilisation de l’IA dans plusieurs secteurs serait-il aussi en train d’affecter la France ? C’est ce qu’on peut déduire d’une étude menée par le Laboratoire de l’innovation et du futur du travail (HEC Paris) avec le soutien de la Banque de France, des travaux publiés le 8 octobre (voir l’étude complète ici et le résumé de la Banque de France ou les documents en pièce jointe).

Les auteurs restent cependant prudents : « Nos résultats ne permettent pas d’établir que ce mécanisme est déjà à l’oeuvre en France. Ils montrent toutefois que le recrutement des jeunes dans les métiers exposés a commencé à se contracter » (*).

Les mouvements de main d’oeuvre dans les métiers les plus exposés à l’IA

L’étude a été établie en forgeant un indice des métiers censés être les plus exposés à l’IA (à partir du référentiel de France Travail), puis en comparant ces métiers aux mouvements de main d’œuvre observés chez les jeunes.

Les métiers les plus exposés à l’IA sont par exemple les opérateurs de traitement de texte, les cadres chargés d’études économiques, financières et commerciales, les interprètes et traducteurs, les journalistes ou encore les techniciens des opérations bancaires (**). 

Premier constat : les embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA seraient en baisse de 28 % en mars 2026 par rapport à leur niveau de novembre 2022 (date du lancement de ChatGPT), contre seulement 8 % de baisse pour les métiers les moins exposés. 

Ces baisses sont réduites pour les autres tranches d’âge, au point de devenir inexistantes pour les salariés de plus de 50 ans.

Les baisses de fin de contrat sont également fortes chez les 21-29 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA (23 % de moins que le niveau de novembre 2022).

« La baisse simultanée des entrées et sorties correspond à une moindre rotation de la main d’oeuvre. Comme les embauches reculent davantage que les fins de contrat, le renouvellement des effectifs ralentit, surtout du côté des jeunes et dans les métiers les plus exposés », peut-on lire dans l’étude. 

Les entreprises qui utilisent l’IA de façon intensive embaucheraient moins de jeunes

L’étude rapproche ensuite l’indice d’exposition de l’IA dans les métiers aux usages réels « intensifs » déclarés de l’IA par les entreprises auprès de la Banque de France (lire notre article).

Il s’ensuit cette observation : là encore, les embauches en CDI des 21-29 ans ont évolué moins favorablement depuis fin 2022 chez les entreprises qui utilisent l’IA de façon intensive que dans les autres entreprises, cet écart étant moins net aux âges plus élevés.

D’autres éléments peuvent toutefois expliquer ces écarts comme les cycles économiques. L’étude évoque ainsi « le resserrement monétaire et la correction post-Covid du secteur technologique » qui ont pesé sur les embauches à partir de 2022. Le télétravail, qui aurait un effet négatif sur l’embauche des jeunes, complique aussi l’interprétation. 

Quel avenir professionnel pour les jeunes ?

Il n’en reste pas moins que ces premiers éléments semblent inquiétants. En effet, « le ralentissement des recrutements juniors peut avoir des effets au-delà du nombre d’emplois non créés aujourd’hui ». Ces non-embauches réduisent en effet l’apprentissage des jeunes par la pratique, et donc interrompent « l’accumulation d’expérience sur laquelle reposent les emplois plus qualifiés ». Cela pourrait, selon les mots de la Banque de France, freiner « l’accumulation du capital humain de demain ». Ou, dit plus humainement, sérieusement compliquer l’accès des plus jeunes aux métiers les plus porteurs et les plus rémunérateurs…

 

(*) Les auteurs de l’étude sont Marco Guido Palladino, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel et Oscar Degos

(**) Á l’inverse, les métiers les moins exposés à l’IA sont les aides médico-psychologiques, les assistantes maternelles ou les conducteurs d’engins de chantier.

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Bernard Domergue
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En croisant les mouvements de main-d'oeuvre avec les métiers les plus exposés à l'IA et les tranches d'âge, une étude du laboratoire d'innovation et du futur du travail de HEC menée avec la Banque de France met en évidence un moindre recrutement des 21-29 ans.
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